Les deux portraits Par Françoise Germain-Robin, journaliste à L’Humanité Quel visage retenir de Djamila ? Il y en a déjà deux dans ce portrait : celui qu’a composé Mustapha Boutadjine d’une femme au regard à la fois hardi et un peu triste, et celui du dessin de Picasso qu’elle tient entre ses mains. Picasso avait dessiné au fusain le visage rond d’une toute jeune fille aux grands yeux ouverts sur l’avenir, presque souriante. Et pourtant, cette jeune fille, alors, sortait des mains des (…)
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Les Femmes d’Alger
Éditorial
Par Yasmine Boudjenah, première adjointe au maire de Bagneux (92)
Lorsque cette majestueuse exposition a fait escale à Bagneux, Kahina, une jeune collaboratrice travaillant avec les élus, m’a lancé à la vue de l’affiche : « Mais... c’est ma grand-mère ! » Elle avait reconnu Tamazgha, cette femme berbère universelle que Mustapha Boutadjine a imaginée, belle et inoubliable comme l’Algérie.
Impossible de se détacher des yeux de Tamazgha. Ils sont un appel à s’approcher, à écouter, à chercher son histoire. Et justement, dans chacun de ces portraits, les yeux de ces femmes courageuses et parfois (trop) méconnues nous racontent l’Histoire, avec un grand « H ». Rebelles, combattantes, parfois arrêtées, torturées, violées, exécutées. Au cœur de cette guerre d’Algérie, dont on a longtemps tu le nom, leurs prénoms se sont mêlés dans la lutte pour la liberté : Louisette, Djamila, Raymonde, Ourida, Hassiba, Germaine, Baya, Jacqueline, Simone, Gisèle, Annie...
Grâce à Mustapha, elles continuent de témoigner de ce combat universel pour l’émancipation, elles qui savent plus que les hommes ce qu’il a de vital. Et les avoir immortalisées avec ces petits bouts de papier issus de magazines de luxe et de « beauté » ajoute un clin d’œil qui leur va bien ! Oui, elles sont belles. Elles sont « les Femmes d’Alger ». À jamais.
Et si au lendemain de l’indépendance, ces militantes algériennes avaient été reconnues à leur juste place, avec leurs sœurs, l’avenir de l’Algérie aurait sans doute pu s’écrire autrement. Quelques décennies plus tard, les femmes ont dû reprendre le flambeau pour résister à la barbarie intégriste.
Aujourd’hui, nous assistons ici à des résurgences inquiétantes, banalisées par des faiseurs de haine qui n’ont jamais accepté l’issue de 1962. Où es-tu République ? Où es-tu Liberté ? Heureusement, des artistes de la sensibilité et du talent de Mustapha nous aident à ne pas vous perdre. Ici. Là-bas.
Merci cher Mustapha.
Chaque jour, Tamazgha continue d’accueillir les visiteurs de l’Hôtel de Ville.
Pour notre plus grande fierté.
Extrait de « Collage Résistant(s), monographie de Mustapha Boutadjine », éditions Helvétius, 2015.
DJAMILA BOUPACHA
DJAMILA BOUHIRED
DJAMILA AMRANE-MINNE